Publié le 19 janvier 2026.
🕒 Temps de lecture estimé : 8 minutes
Publié le 19 janvier 2026.
🕒 Temps de lecture estimé : 8 minutes
Aujourd'hui, je voudrais parler d'honnêteté.
Pas celle qui consiste à respecter la loi ou à payer l'URSSAF, hein.
Mais celle qui consiste à dire vraiment ce que tu penses.
Il t'est sûrement déjà arrivé de mentir à ton équipe. Même un tout petit peu. Mais si, tu sais, le petit mensonge anodin du type : "Non, non, ça va, pas de souci" alors que tu bouillonnes intérieurement. Ou encore : "On verra ça plus tard" quand tu sais pertinemment que ce "plus tard" n'arrivera jamais.
Sur le moment, tu penses gagner du temps. Tu te dis que ce n’est pas grave.
Mais ces ajustements deviennent une habitude.
Et cette habitude te coûte cher : ton leadership et la confiance de ton équipe.
Tant que tu n’as pas dit la vérité, TA vérité, elle reste dans ta tête.
Elle prend de la place. Elle consomme de l’énergie.
Prenons un exemple simple : quelqu’un dans ton équipe te sollicite sans cesse pour des questions qu’il ou elle pourrait gérer seul.e. Ça t’agace profondément. Tu trouves ça insupportable.
C'est bon, tu penses à quelqu'un ? Bon. Eh bien, si tu ne lui dis pas, cette personne ne peut pas être au courant que son comportement te dérange, et n'aura donc aucune raison de changer. Et toi, à chaque nouvelle question, tu accumules un peu plus de rancœur.
À l’inverse, imagine dire clairement ce qui te dérange et ce dont tu as besoin. Par exemple : "Quand tu viens me voir plusieurs fois par jour pour des questions de ton périmètre, je suis interrompu·e et je perds ma concentration. J'ai besoin de pouvoir avancer tout en développant ton autonomie. Est-ce que tu peux d'abord chercher une solution de ton côté, puis venir me voir avec ta proposition si besoin ?"
Qu'est-ce que ça changerait ?
Environ : tout.
Tu poses un cadre soutenable pour toi, tu ouvres une possibilité d’évolution pour l’autre, et tu te libères d’un poids mental inutile.
Chaque vérité que tu retiens s'ajoute à la pile.
Et cette pile, elle pèse LOURD.
Tu portes en permanence des non-dits, des irritations accumulées, des désaccords jamais formulés. Tu es sous tension constante et ton cerveau fait des heures sup non payées à gérer toutes ces micro-frustrations que tu n'évacues jamais.
Alors quand tu dois prendre une décision importante, cette charge mentale te parasite. Tu n'es plus capable de réfléchir clairement parce que ton disque dur est saturé de sujets non résolus.
Plus tu accumules de non-dits, plus ton champ de vision se rétrécit.
Et un champ de vision rétréci, c'est l'inverse de la prise de hauteur, nécessaire à une bonne prise de décision.
Tu entres alors en mode survie : Eviter les conversations difficiles, contourner les sujets qui fâchent, naviguer à vue pour esquiver les conflits. Sauf que pendant ce temps-là, les vrais problèmes, eux, ne s'évaporent pas. Ils grossissent tranquillement dans ton angle mort. Et quand ils finissent par exploser, c'est dix fois plus violent que si tu avais géré le truc à la source.
Un cerveau sous stress, c'est un cerveau qui cherche la solution la plus rapide, le pansement qui soulage immédiatement, pas la vraie résolution qui apportera un bénéfice et une structuration à long terme. Il veut juste que ça s'arrête, là, maintenant.
Pas la meilleure des dispositions pour piloter une équipe, un projet, ou une entreprise, donc.
Si toi, tu ne dis pas les vraies choses, pourquoi ton équipe le ferait ?
Tu crées un précédent. Un climat où on fait semblant, où on arrondit les angles, où on dit ce qui arrange plutôt que ce qui est vrai.
Et petit à petit, l'exigence se dilue. Parce que l'exigence, la vraie, elle demande de l'honnêteté.
Elle demande de pouvoir dire "là, c'est pas au niveau" sans que ça parte en vrille. Mais si toi-même tu fuis ces moments-là, comment tu veux que ton équipe reste exigeante ?
Quand tu n'es pas honnête, tu écoutes moins bien. Logique : tu es occupé.e à calculer ce que tu peux dire, ce que tu dois cacher, comment formuler pour ne pas vexer. Ton attention n'est plus sur l'autre, elle est sur ta propre façade.
Et ça, l'autre le sent. Même inconsciemment. Il ou elle capte que tu n'es pas vraiment présent, que quelque chose cloche.
La confiance s'érode, doucement mais sûrement. Et une fois qu'elle est partie, bon chance pour la reconstruire.
Si tu ne dis pas ce que tu veux vraiment, comment ton équipe peut savoir où vous allez ensemble ? Tu floutes la direction. Tu laisses tout le monde interpréter. Et chacun.e part dans son coin avec sa propre version de l'objectif.
Résultat : tu te retrouves avec une équipe désalignée, des efforts dispersés, et toi au milieu en train de te demander pourquoi rien n'avance comme prévu.
Être leader, c'est choisir.
C'est dire "on va par là" et assumer.
Mais quand tu n'es pas honnête, tu ne choisis plus vraiment. Tu subis. Tu laisses les choses se faire. Tu espères que ça va s'arranger tout seul. Et comme le dit un grand poète du XXI° siècle : tout va pas changer, enfin sauf si tu le fais. (Big up Orelsan).
Un.e leader qui ne dit pas ce qu'il ou elle pense, qui ne tranche pas, qui ne pose pas de limite claire, ce n'est plus vraiment un.e leader. C'est juste quelqu'un qui porte le titre.
L'honnêteté, c'est aussi dire non. C'est dire "ça, je ne le veux plus dans mon équipe". C'est poser des limites claires sur ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Et oui, c'est inconfortable. Oui, ça peut créer des tensions à court terme.
Mais tu sais ce qui est encore plus inconfortable ?
Vivre avec une situation qui te bouffe de l'intérieur parce que tu n'as jamais osé dire stop.
Chaque fois que tu te tais alors que tu devrais parler, tu crées une limite invisible. Une zone où personne ne sait vraiment ce qui est OK et ce qui ne l'est pas. Et dans ces zones floues, c'est la loi du plus fort, du plus culotté, du plus bruyant qui s'impose.
Ton silence ne crée pas la paix. Il crée du flou. Et dans le flou, tout peut arriver. Surtout ce que tu ne veux pas.
Écoute, je sais : tu évites les conversations difficiles parce que tu penses que ça va créer du conflit. Que ça va mal se passer. Que la personne va mal le prendre. Mais le vrai conflit, il est déjà là : il vit dans ta tête, dans ton ressenti, dans cette tension que tu portes. Le fait de ne pas en parler ne le fait pas disparaître. Il le rend juste souterrain, invisible, toxique.
La confrontation honnête, elle, elle met les choses sur la table. Elle permet de régler. De clarifier. De sortir de l'ambiguïté.
Oui, c'est inconfortable sur le moment. Mais c'est infiniment moins destructeur qu'un conflit qui pourrit en silence pendant des mois.
Le problème, ce n'est pas d'avoir des désaccords. C'est de faire comme s'ils n'existaient pas.
Dire la vérité, ça ne veut pas dire balancer tout ce qui te passe par la tête sans filtre.
L'honnêteté, c'est pas la violence. C'est pas dégueuler ta frustration sur quelqu'un sous prétexte d'être "authentique".
L'honnêteté, c'est réfléchi. C'est dit avec intention. C'est formulé de manière à ce que l'autre puisse l'entendre.
Tu peux être cash sans être brutal.
Tu peux être direct sans être blessant.
C'est juste une question de méthode.
Parce que oui, il faut du courage pour dire les vraies choses. C'est inconfortable. C'est risqué. Tu peux te tromper, mal formuler, décevoir. Mais c'est exactement ce courage-là qui fait un.e vrai.e leader. Celui qui dit les choses même quand c'est difficile. Celui qui assume ses positions même quand elles ne font pas l'unanimité.
Tu ne peux pas exiger de ton équipe ce que tu ne fais pas toi-même. Si tu veux une culture d'honnêteté, commence par toi. Dis ce que tu penses. Assume tes positions. Admets tes erreurs.
Parce que l'honnêteté, ça s'apprend par l'exemple. Pas par les discours.
Ton équipe ne fera jamais ce que tu dis. Elle fera ce que tu fais.
Tu sais ce qui se passe quand tu dis enfin le truc que tu gardais pour toi depuis des semaines ?
Tu respires. Littéralement. Ton corps se détend. Ta tête se vide.
Quand tu commences à dire les vraies choses, à poser les vrais sujets, la tension se relâche.
Tu retrouves du calme. De l'espace mental. De la disponibilité pour penser stratégiquement au lieu de juste gérer l'urgence émotionnelle. Et avec un esprit apaisé, tu penses mieux. Tu anticipes au lieu de réagir. Tu construis au lieu de colmater.
Commence par remarquer chaque micro-mensonge. Ces petits ajustements que tu fais presque automatiquement : minimiser, reporter, lisser. Le simple fait de les repérer change déjà ta posture.
Ensuite, retiens-le. Prends une seconde. Pas pour te censurer, mais pour éviter de répondre par réflexe. Ce temps très court te permet de ne pas alimenter le non-dit.
À la place, formule une vérité plus juste. Pas une vérité brute, mais une vérité exprimée avec méthode : décrire la situation telle qu’elle est, dire ce que tu ressens, clarifier ton besoin et formuler une demande concrète. Cette structure t’aide à être honnête sans être agressif.
Enfin, fais confiance à l’autre. Rappelle-toi que cette personne, tu l’as recrutée pour de bonnes raisons. Elle est compétente, elle performe dans de nombreux domaines, et ce qui t’agace aujourd’hui n’est qu’un point précis, pas une remise en cause globale.
Dire les choses, ce n’est pas attaquer l’autre, c’est lui donner une chance d’ajuster.
Au final, l’honnêteté n’est pas une qualité abstraite ni un idéal inaccessible. C’est une pratique quotidienne faite de micro-choix. À chaque fois que tu retiens une vérité, tu choisis le confort immédiat. À chaque fois que tu t’exprimes, tu choisis la clarté.
Dire la vérité ne garantit ni l’adhésion, ni l’absence de tension. Mais cela permet quelque chose de plus précieux : sortir du flou. Et le flou est l’ennemi du leadership. Il épuise, il brouille la direction, il fragilise les relations.
Le leadership ne se joue pas dans les grands discours, mais dans ces moments précis où tu choisis de dire ce que tu penses vraiment. Une vérité à la fois.